Splendide désespoir. Comment, mon frère? Tu me regardes? Tu veux sentir une fois de plus tout ce que je t'ai donné? Mais tu continues de vivre à travers moi, tu subsistes à travers tout ce que je te donne et tout ce que je t'apporte. Jamais tu n'as connu plus grande indépendance que depuis que tu t'es soumis à moi. Je suis tout ce qui reste pour toi, je suis à jamais ancré dans ton coeur, et alors que des voix te verront comme un être dont l'incroyable suprématie s'exerce avec tant de force et tant de fougue sur des foules que tu juges suffisantes, je te rappellerai ce que tu me dois, et tu me le rendras, avec grâce et avec fierté de m'avoir servi si prestement. Je suis ton maître, et tu m'utilises comme un esclave farouche. Tu subsisteras à tout jamais avec moi. Tu seras celui que j'ai vu grandir à travers tes yeux... Mon fils.
Jamais je n'ai cru pouvoir te laisser t'envoler, car tu étais tout pour moi, plus que rien ne l'a jamais été. Pourquoi croire donc à des foutaises atroces quand devant soi s'élève ton imposante idole, celle que j'adule et que j'immole. Car, ma peine, tu es celui que j'ai le plus aimé, tu es celui qui a partagé ta vie avec moi, tu ne m'as pas laissé tomber, alors que tu lâchais la main du monde. Tu ne savais jamais peut-être, que j'écrivais pour toi, que je chantais pour toi, que rien que le son du hurlement affreux que tu pouvais extraire de ta cage thoracique, planait en mes oreilles comme le cristal doux et merveilleux d'une cantatrice suave et ténébreuse, m'envoutant à chaque note, et chaque soubresaut de la ligne de tes paroles, m'enlevait les larmes qui auraient suffit à rendre à une terre aride, sa végétation dominante. Je ne pose que rarement les questions différentes, mais tu le sais, que j'ai compris le fonctionnement.... Ton fonctionnement.
Crois moi, si c'est à présent que je me vois, c'est parce que ton cri, splendide désespoir, m'a emporté. Loin de cette terre que j'ai maudite. Je m'allonge à côté de toi, mon ami, mon frère, mon enfant. Tu ne vaux rien, mais tu es tout. Sans toi, dans mon lit, je ne veux pas connaître d'autre sort que la faux.
Je te hais Veale. Je te hais de ton existence.



